Superstition
J’ai fini. Ma thèse. Quatre ans de sueur et de larmes, littéralement. J’ai essayé, vraiment, et je ne crois pas que jamais quelqu’un pourra me reprocher d’y avoir mis la moitié de l’énergie que j’avais, la moitié de l’envie que j’avais, la moitié de l’investissement que je pouvais. J’avais peur, alors j’ai fait ce que je fais quand j’ai peur : j’ai rêvé que tout allait bien, j’ai arrêté d’écouter et, ce faisant, j’ai abandonné beaucoup de ce que j'aimais faire sur le bord de la route en essayant de ne pas penser au jour où je les regretterai. J’ai écrit une thèse comme d’autres écrivent leur biographie. Et puis. J’ai envoyé ma thèse et M. m’attendait devant le bureau. On allait boire une bière et manger des sushis et parler de ce que ça fait d’avoir fini : je savais que j'aurais dû me sentir le cœur en fête mais en vérité je ne cessais d’avoir peur, tellement peur. On est sorties du bureau de 6m2 sans fenêtre que nous avons partagé pendant trois ans et en fermant la port...