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21 décembre 2025 - Séoul 2

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C’est dans le froid que j’aperçois le mieux les lumières. Un café à 17h ; ça parle cinéma, France et Corée, j’ai rôdé la présentation depuis un moment. Je lui fais répéter toutes ses phrases anglaises qui contiennent des « th » ou des « ph », il me fait répéter tous les noms de réalisateurs que j’essaie pourtant de prononcer avec l’accent Coréen. C’est un passage attendu, pour ne pas dire obligé. Je bois un déca amer en me réchauffant les mains, il passe les siennes au-dessus d’un verre contenant du café et assez de glaçons pour construire une patinoire olympique : pas de doute, je suis bien en Corée. A 17h15 il fait nuit noire, à 18h le café ferme et on en sort avec encore les gestes rigides des gens qui ne se connaissent pas ; c’est pas robotique, c’est pas métallique, c’est quelque chose comme du bois : des interactions sans souplesse mais suffisamment organiques, suffisamment tièdes pour qu’on s’y laisse toucher, sans geste brusque, sans force...

25 septembre 2025 - Busan

Je n'ai pas dormi cette nuit, et le soleil ne s'est pas levé ce matin. C'est toujours pareil, il lambine sous la couette, et nous on reste dans la nuit grise et humide pendant toute une journée. Un lendemain d'insomnie et c'est pas seulement mon horloge interne qui se détraque, c'est celle de toute la ville. Je suis à Busan, mais on ne voit plus la mer. Je comprends pas. Je sais, je sais que c'est une vue de l'esprit, un petit déraillement autocentré ; je ne connais pas bien la nature exacte du phénomène, mais après les nuits blanches, les jours sont gris. Je suppose que c'est le temps que le corps se réajuste à la solitude, il aime ça d'habitude mais c'est comme l'alcool : le meilleur moyen de ne pas être malade c'est de ne jamais dessaouler.  Y'a pas que le soleil qui n'est pas là aujourd'hui. L'air aussi s'est fait la malle. On boit plus qu'on ne respire ici dans la chaleur pesante. Tout est humide et il n...

30 août 2025 - Séoul 1

 On ne peut pas avaler Séoul en une bouchée, a fortiori en un article de blog – ni en mille, soit dit en passant. Et puis d’ailleurs, pourquoi le faire ? Plus encore : je ne connais pas Séoul, ou à peine mieux que vous. D’y vivre pendant ces quelques futurs mois, j’aurai peut-être découvert une petite tâche de naissance au dessus de la ceinture – de celles qu’on ne voit que quand elle lève les bras. Peut-être que j’aurai goûté un bout de son épaule, rencontré les plis de son talon, que sais-je. Je ne connaîtrai pas Séoul lorsque je la quitterai, dans une dizaine de mois, et n’est-ce pas ce qui est le plus aimable ? La quitter en ne connaissant mieux que son mystère. Je ne peux je suppose que vous parler du bonheur que j’ai à la rencontrer, comme elle se montre et comme elle se cache, vous dire d’abord qu’elle est si grande qu’un aveugle en reconnaîtrait la queue et un autre la trompe sans jamais pouvoir dessiner un éléphant. Faut suivre : ça veut dire que c’est ...