jeudi 22 mars 2018

Insomnie

La colère c'est le fer, c'est la fonte. C'est une large et lourde brique de métal rugueux qui nous descend depuis le haut du torse jusqu'au bas du ventre. Tout est brûlant, tout sue et crache. Les doigts s'abîment sur toutes les surfaces ; même l'air est dur.  Dedans, dedans, une énergie si pure qu'on croit se reconnaître dans les âmes des enfers et tout autant dans les dragons qui les démembrent. Dieu, Diable et tout le reste. Une fureur si grande qu'elle contient tout ce que l'humanité mégalomane a inventé de plus terrible. Une fureur si grande qu'elle a avalé plus que cela.

La peur, c'est la pierre, le caillou. C'est un cœur sec et aberrant, petit, ramassé, tranchant du souvenir des premières entailles et des derniers glissements. Un outil préhistorique de chasse et de bagarre. Le cœur devient sa propre arme, sa propre défense. Il résonne, il cogne, puis il s'éteint. Je lui dis «bats encore, ne t'arrête pas» et il reprend sans élan. Il ne me faut pas l'oublier : si je m'endors il roulera, calcifié, contre la roche de mon squelette, et on le retrouvera demain comme une dent de trop dans mon crâne ahuri.

Ce soir mon cœur d'alchimiste est devenu fer, cette nuit il est devenu pierre. Mon esprit s'est cogné à toute cette matière dure et n'est pas tout à fait revenu : dans l'obscurité qui m'entoure des ombres plus noires qu'elle et plus tristes que tout tournent comme des vautours et attendent que meure le peu de sens qu'il me reste. C'est grave, et je ne sais pas comment le dire, je ne saurais même pas le pleurer correctement.

Au matin la lumière peut-être changera en or le plomb qui m'empèse. Demain peut-être la raison que j'ai chassée à coup de burin et de cailloux reviendra, et je la caresserai de la main comme un chien fidèle. Pourvu que la raison ne se soit pas perdue, ne se soit pas lassée de gratter à la porte. Que je ne l'aie pas abîmée au coin d'un mauvais choix. Pas maltraitée à la faveur d'un triste sentiment.

Pourvu que la raison.

Pourvu que la raison.

Pourvu.

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