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Affichage des articles du 2015

3 avril 2015 - Nouvelle Orléans

- Donne-moi de l'argent ou je vais me retrouver à la rue ! - Quoi ? - Donne moi de l'argent ou je vais me retrouver à la rue… Encore ! C'était un petit singe poilu rouge et jaune qui s'adressait à moi. Derrière le singe : une tête blonde de 7 ou 8 ans à peine, qui le faisait parler et bouger avec un art peu travaillé, un naturel qui appartenait plus à la folie qu'au spectacle. - Où sont tes parents ? - Je n'en ai pas. C'est le petit garçon qui parlait mais le singe ne l'a pas laissé faire. La marionnette s'est tournée vers moi : - Toi petite sal… Oh ! Le garçon a pris la bouche de son singe et l'a fermement maintenue close. - Tais-toi ! Fais pas comme la dernière fois. C'en est suivi un dialogue surréel et incompréhensible, duquel je n'arrivais pas à tirer les phrases qui m'étaient destinées de celles qu'ils s'échangeaient l'un l'autre. Je souriais mais ce n'était pas drôle. Ils sont partis. Derrière ...

7 mars 2015 - Chicago vol. 5

Aujourd'hui, il fait 6°C dans les rues. J'attendais le printemps comme jamais auparavant. Pourtant je pensais que le froid ne me touchait pas, que j'étais aussi libre ici par ce froid record que je l'aurais été n'importe où, tant que je le forçais à ne pas me toucher, tant que je me forçais à ne pas y penser. Tant qu'il n'avait pas d'importance. Les gens à Chicago ont d'ailleurs par rapport au froid une forme de reddition : ils ne parlent jamais du printemps, ils n'attendent pas qu'il fasse bon. Quand on leur dit “quand fera-t-il plus chaud ?” Ils répondent toujours dans leur barbe un petit “un jour, je crois bien”. Ou “plus tôt que l'an dernier, si on a de la chance”. Les Chicagoans se préparent pour le froid comme s'il allait rester. Ils se préparent ainsi pour tout. Tout est chez eux éphémère, et pourtant interminable. C'est le sort d'une ville qui fut entièrement rasée par un incendie il y a moins de deux siècles et qui c...

28 février 2015 - Chicago vol.4

Hier fut la journée qui restera (un certain temps) dans les mémoires comme celle de la fuite des lamas et de la robe qui divisa le monde. Ceux d'entre vous qui vivez dans une grotte ou n'utilisez internet qu'une fois par an pour vous rendre sur mon blog, je vous laisse faire vos recherches. Quoiqu'il en soit, cette robe est blanche et dorée, que l'on me prouve ou non le contraire. Mais de fait, robe noire, robe blanche, lama noir, lama blanc, chat noir, chat blanc, c'était une très belle journée. Et même si le fait de voir blanche et dorée une robe qui s'avère noire et bleue (là encore, faites vos recherches) m'a beaucoup trop agacée dans un premier temps, j'en ai tiré au final un bel enseignement de hippie moderne sur l'acceptation des différences, des perceptions, et une nouvelle remise en cause de la réalité, de la vérité, du fait, ce qui ne fait jamais de mal. J'ajouterai que le “débat” sur la couleur de cette robe était d'autant plus...

20 février 2015 - Chicago vol.3 bis

La Veuve Joyeuse. Il vous faudra monter au 13ème étage, quatre étages au-dessus de mien, pour aller la trouver dans son appartement chaud et confortable comme un cocon, éclairé de dizaines de lampes et de luminaires aux designs colorés et souples. Il vous faudra vous pencher un peu : elle est petite, la Veuve Joyeuse. Élégante aussi. Elle a un visage rond et enfantin - les yeux cernés de rides de ceux qui ont passé toute leur vie à sourire - mais elle l'a encadré de cheveux blonds salés en coupe stricte, comme pour rappeler que, toute joyeuse qu'elle soit, on ne la lui fait pas. Et en effet, on ne la lui fait pas, à la Veuve Joyeuse, car elle connait tout : les Opéras et leurs chanteurs, les buildings de Chicago et de Toronto, l'histoire de son pays, la science du monde, les parures irlandaises et les plats italiens, les peintures et leurs peintres, les flots des rivières et l'étendue des lacs… Elle sait tout et il y a de l'humain dans tout ce qu'elle raconte. E...

20 février 2015 - Chicago vol.3

Hier soir j'avais déjà écrit ce volume 3, un long texte qui me tenait très à cœur et que je venais tout juste de terminer, très bêtement directement sur ce site. Mon ordinateur, alors que j'écrivais mon dernier paragraphe, a gelé. J'ai eu le temps de répéter trois fois “Ne me fais pas ça - Ne me fais pas ça - Ne me fais pas ça”, et il s'est éteint, emportant avec lui tout ce que je venais d'écrire. Je me sentais comme une vieille dame qu'un voleur à l'arrachée venait d'alléger de son sac et qui le regarde partir, interdite. Ou comme ces enfants qui s'apprêtent à mordre dans un énorme gâteau qu'un chien plus gros qu'eux avale d'une seule bouchée, d'un seul coup de gueule, en passant. Le sentiment est bien plus persistant, et je regarde le chantier de ce texte avec des membres lourds.

16 février 2015 - Chicago vol.2

Cela fait quelques jours que je n'ai pas alimenté mon blog. Ce n'est pas que je n'aie rien à raconter, j'aurais eu je crois de belles choses à dire sur un club de blues, sur les clochards des rues américaines, sur cette journée où le chauffage ne fonctionnait plus dans l'appartement (et dont je suis ressortie vivante), ou sur les immeubles Art Déco de Chicago qui ne manqueront pas d'alimenter d'autres parties de ce blog. J'avais prévu de rester vague, et de dire quelque chose sur l'amie qui est venue me voir une semaine entière. J'aurais sous-entendu qu'elle occupait mes jours entiers et que je n'ai pas pris le temps d'écrire. C'était vrai. Et vrai aussi que j'écrivais un court métrage aux tonalités horrifiques que je souhaitais proposer à un concours, un autre. Mais est vrai plus que tout qu'après l'écriture de ce scénario, je ne voulais plus écrire. C'est peut-être de 48 heures de ma vie dont on parle ici, mais c...

4 février 2015 - Chicago vol. 1

Je n'avais pas prévu New York. Je ne pense pas d'ailleurs que New York puisse se “pré-voir” : on ne peut pas voir à l'avance, voir de si loin, une ville telle que celle-là qui en devient plus petite, plus floue et plus grise qu'elle ne l'est. New York, un européen la découvre au premier pas ou au millième, mais pas avant. Mais de Chicago j'avais fait en esprit un collage. J'avais pris quelques éléments de New York, d'autres de Toronto, scotché un ciel canadien sur une terre américaine, la population de Brooklyn et les pompiers de Manhattan, et puis je faisais tenir le tout par un seul fil de métal, une ligne de métro aérienne dont je ne savais pas très bien où la mettre. Et hier en sortant, c'est ce collage que j'avais sous les yeux, partout, et - appelez ça un esprit de contradiction - je déteste avoir raison. C'était agréable mais sans charme, grand sans extravagance, joli sans beauté. J'ai avalé un hamburger informe dans un MacDonald a...