mardi 26 mars 2013

26 mars 2013 : Londres, vol 1

Je suis incapable, toujours, de comprendre ce qui me rend Paris si désagréable, si oppressante quels que soient les quartiers dans lesquels je me rends. De comprendre ce qui, dans une ville somme toute élégante et vivante, me donne envie de m'enterrer dans un terrier en suppliant les gens d'arrêter de me regarder comme si je leur avais volé leur espace.
La question se pose d'autant plus que j'ai adoré mes quelques mois à New York, tout comme j'apprécie mes déambulations dans la magnifique ville de Londres.



Pourtant, mes premiers pas ici sont difficiles -mais est-ce que ce n'est pas toujours le cas ? : toute seule, comme cela devient mon habitude, dans une gigantesque ville anglo-saxonne. La peur et l'excitation valsent compulsivement dans ma poitrine depuis plusieurs jours, et je les regarde s'emmêler, impuissante.
Il y a toujours cette langue anglaise que je réapprends à manier. Bien sûr elle m'est familière, mais il y a toujours cette inquiétude, cette vexation de ne pas se faire comprendre… J'essaie d'ailleurs de me familiariser avec ses différents accents.
Parfois il me semble que les New Yorkais et les Londoniens ne parlent pas la même langue. Ils parlent deux langues différentes que j'ai la chance de comprendre toutes deux ; car comment se peut-il que la langue anglaise, colorée de milles intonations qui en disent souvent plus que la phrase elle-même, ait la même origine que l'américain, une langue factuelle qui dit ce qu'elle doit dire le plus simplement, le plus directement possible, le tout agrémenté de quelques “Oh my god” qui expriment toutes les émotions du panel : oh my god c'est beau, oh my god c'est triste, oh my god je suis excitée, oh my god je suis fatiguée, et mon préféré, oh-my-god-oh-my-god-oh-my-god : le résultat criant (littéralement) des ébats amoureux d'un de mes colocataires de Brooklyn.



J'étais donc un peu inquiète, sorte d'aventurière rouillée de la langue et des pieds. Et puis Londres. Sans pluie, sans bruine, car pour moi elle avait réservé un mauvais tour original : le froid. Et pas un simple froid trompeur de printemps, quand les soirs se rafraichissent. Non, non, de la neige, des gens engoncés dans leurs manteaux, leurs bonnets, leurs écharpes. Le froid dont les inconnus parlent entre eux dans la rue, dans les taxis, les boutiques et les restaurants. “Oh? Vous êtes à Londres pour combien de temps? Oh, vous n'avez pas de chance, je n'ai jamais connu un froid pareil à cette période de l'année. Pour un peu il va falloir que je convainque mes gamins que le Père Noêl n'a pas l'intention de passer une deuxième fois cette année.”. Ce froid-là, donc.



Ce matin j'étais dans la file d'attente pour visiter la maison de Sherlock Holmes… pas besoin de souligner l'absurdité de visiter la maison d'un homme qui n'a jamais existé, car j'étais malgré tout très contente de mettre les pieds au 221b, Baker Street. SAUF QUE.
Sauf que je n'étais pas la seule à être contente, loin de là, et que la maison est toute petite, tout en longueur, et l'organisation déplorable. Aussi une fois que j'avais acheté mon billet, je me suis retrouvée pendant plus d'une heure dans la rue, à attendre tandis que groupes et scolaires profitaient de leur rageante priorité. J'aurais tiqué sur la petite élève de 12 ans en burka (elles étaient pour la plupart voilées, soit, c'était sans doute une école confessionnelle, mais la Burka à 12 ou 13 ans…), mais en réalité je n'arrivais plus bien à penser à autre chose qu'au froid. Je ne sentais plus rien. Ni mes mains cachées sous ma cape, ni mes pieds, ni le bout de mon nez. Ce qui est terrible avec le froid, comme avec la faim, c'est qu'on oublie quand la sensation est passée à quel point la douleur, l'énervement, l'impuissance était prégnante. Elle occupe toutes nos pensées quand elle est là, puis s'évapore en vagues souvenirs sans force ni pouvoir.
Quand j'ai pu pénétrer dans la maison je me suis rendue compte que mes cuisses étaient congelées, rigides. Elles me faisaient mal quand je les pliais, montais les marches ou m'asseyais dans un fauteuil (celui de Sherlock Holmes himself, nb). C'était donc le genre de torture avec lequel Londres souhaitait m'accueillir. Je n'ai pas pu rester longtemps dans la maison (qui était glaciale, à ma triste surprise) et je me suis précipitée dans l'auberge de jeunesse, où j'ai enfilé collants, leg warmers et jean, un pull sous mon pull et les gants que j'avais oublié… J'y ai attendu quelques minutes que mes membres redonnent signe de vie.



Et puis, usage de mes membres et sang chaud retrouvés, je suis ressortie. Après une visite de Harrod´s, immense boutique de luxe de style art nouveau qui vaut le coup d'oeil (puisque le guide du routard vous le dit, voyons!), je suis enfin allée déjeuner dans un de ces delis végétariens bio ultra posh sur fond de jazz. Un petit coin où il ferait bon vivre, Gloucester Road.



Parce que les gens parlent anglais je m'attendrais presque à tout moment à ce qu'ils se comportent de façon excessive, enfantine, capricieuse. Mais non, les anglais ont la retenue des vieux peuples, qui s'allie si bien avec leurs traditionnelles tasses de thé. Paris est colonialiste, ambitieuse, elle veut plus qu'elle n'a et n'aime pas être contrariée. C'est une bourgeoise de caractère. Londres est plus discrète, plus ronde, insulaire, indépendante. Laisse-la vivre et elle te laissera vivre, parle-lui et elle te parlera.
Que se passera-t-il, alors, si tu lui glisses un mot d'amour?

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