Articles

Affichage des articles du mai, 2014

29 mai 2014 - Toronto 4

En entrant dans le quartier du Kensington Market, je gardais en tête la description que m'en avait faite mon amie : un “Williamsbourg ethnique”. Il y avait de quoi piquer ma curiosité : Williamsbourg est un quartier de Brooklyn près duquel j'ai vécu quelques mois, célèbre pour son équilibre snob et vintage, dans une ambiance chère aux Beatniks d'un temps et aux hipsters d'aujourd'hui. Un beau quartier où il fait bon vivre et se promener, et j'attendais ce cinquième ethnique de Williamsbourg tout en restant pour le moins dubitative. J'entrai d'abord par le Sud dans des ruelles résidentielles, longeant de petites églises américaines dont le nom était toujours accompagné d'une nationalité telle que la “Brazilian Catholic Church”, par exemple. Le côté ethnique était peut-être là. Pour le reste, les ruelles mangées par les feuillages de printemps ne manquaient pas de charme, l'air était doux, et je flânais en me demandant comment un quartier comme cel...

28 mai 2014 - Toronto 3

En l'espace de deux semaines, j'ai assisté à deux des spectacles populaires les plus beaux du monde : à Montréal, je me suis rendue au Cirque du Soleil ; à Toronto, j'ai profité de la comédie musicale du Roi Lion. Si ces spectacles me paraissent magiques, c'est qu'ils ont ce pouvoir extraordinaire de suspendre jusqu'à mon jugement. Je n'ai pas le loisir ou le besoin de me demander si j'aime ce que je regarde ou non, de chercher l'implication sociale de tel choix esthétique, d'analyser le sens profond des chorégraphies : pour le meilleur et pour le rire, ces spectacles font le branchement direct des yeux à l'émotion. Je ne vois d'ailleurs rien d'humiliant à court-circuiter un peu la pensée de temps à autres, quand cela permet d'atteindre cet état difficile que j'ai eu la chance d'expérimenter deux fois déjà durant ce voyage : l'émerveillement. Au Cirque du Soleil, je me rendais compte après coup, devant des spectacles d...

27 mai 2014 - Toronto 2

Je regardai la ville de très haut, à travers les larges plaques de verre, comme d'un avion ou d'un hélicoptère, et ne trouvai de beau que les rayons dorés d'un coucher de soleil sur les îles à ma gauche, les Toronto Islands. Je m'étais pourtant réconciliée entre temps avec la ville, à laquelle je ne trouve toujours aucun charme esthétique, mais qui sous les giboulets m'avait paru plus humaine. D'abord, parce qu'instantanément avaient fleuri les bottes en caoutchouc que les Américains portent à la moindre humidité : écoliers en shorts, hipsters tatoués, femmes sévères… les avaient enfilées en prévision de la prochaine averse. Ça leur donnait à tous un air de personnages de dessin animé. Et puis profitant d'une éclaircie j'étais allée avec mon amie au Marché du coin, où nous avions discuté quelques temps avec les vendeurs. L'un d'eux vendait de longues tiges vertes et fines qu'aucune de nous ne connaissions. Lorsqu'il nous en a donné le...

26 mai 2014 - Toronto 1

L'arrivée à Toronto fut un choc. Après le calme de petit village de Montréal, après six heures de trajet dans un bus assoupi, je rentrai dans Toronto… Un dimanche. Avec les embouteillages, les travaux, les métros au système incompréhensible, les “street cars” qui ne fonctionnaient pas correctement, l'heure d'attente et de panique à passer d'un coin de rue à un autre, les gens tout à coup pressés même le dimanche dans le quartier financier, une veste perdue dans le tumulte… Je suis arrivée chez mes amis. Un petit appartement d'apparence tranquille sur un bar bruyant, joliment décoré, posé là sans égards pour le bouillonnement ambiant. La fatigue aidant, Montréal me manquait déjà. Et peut-être me manque-t-elle encore un peu, aujourd'hui éloignée d'un jour. Ce qui me plait de Toronto est moins lié à la ville elle-même, que je trouve fatigante et pour l'instant inesthétique, qu'au sentiment de nostalgie New-Yorkaise qui me prend dans cette ville, à la fo...

22-23-24 mai 2014 - Montréal 4

Ici à Montréal on ne parle pas de “regarder” la télévision mais de “l'écouter”. C'est donc diligemment ce que j'ai fait ces trois derniers jours : rendue comme il se doit au Colloque sur les séries télévisées qui justifie ma présence ici, j'ai écouté pendant trois jours tout ce qui pouvait être dit et pensé sur cet art habituellement plus visuel. À l'inverse, j'ai enfin mis des visages et des voix sur ces personnalités universitaires dont je lis régulièrement les essais sur le sujet. Et, enfin, j'ai rencontré des êtres de mon espèce. Depuis que j'ai entamé cette thèse, je me sens parfois comme un poisson d'eau douce dans l'océan : je me reconnais une parenté avec les autres doctorants, chercheurs, et enseignants, qui globalement m'entendent, mais à chaque fois quelque chose échoue à passer : mes masters pro m'empêchent de communiquer pleinement avec les chercheurs, mon doctorat de m'intéresser exactement au langage des créateurs, et m...

20 mai 2014 - Montréal 3

Au coeur de Montréal, pour justifier ce noble nom, se trouve un grand parc avec, à son centre, le “Mont Royal” que les Montréalais appellent un peu prétentieusement “la Montagne”. J’y suis donc allée faire un tour, et j’ai passé ainsi toute la matinée dans ce gigantesque parc. J’oubliais très vite la ville autour, et pourtant parfois au travers des arbres je pouvais voir quelque haute tour de verre ou un pont au loin : ainsi la nature et l’architecture cohabitent joliment, la forêt de building saluant droitement les arbres de la colline, eux-mêmes frémissant en retour. “Salut, ça va bien ?” Ce fut la caissière qui me tira de ma rêverie, quand je m’arrêtai acheter deux-trois bricoles au “Dépanneur” (un nom bien trouvé pour ces petites épiceries qui fleurissent dans chaque rue) en revenant du parc. “Oui… Très bien, merci.” Je me demandai ce qu’il se passerait s’il me prenait un jour de répondre à un des vendeurs, des caissiers, des commerçants, des serv...

19 mai 2014 - Montréal 2

Je vis dans la petite maison de pas moins de six personnes, réparties en trois couples. Lorsque je quitterai Montréal pour visiter Toronto, ce sera dans l'appartement d'un autre couple que je me rendrai. Je crois avoir fait les choses peut-être un peu à l'envers : j'ai commencé ma vie d'adulte par plusieurs longues relations, jamais célibataire alors que les gens autour de moi se cherchaient et se trouvaient, allaient et venaient, profitaient de leur liberté en cherchant de nouvelles attaches. Et aujourd'hui me voilà enfin libre comme l'air, alors que tous autour de moi se prélassent dans de tranquilles vies de couple. Fondamentalement, mon célibat me rend plus compatible encore avec ce rôle d'observatrice que je me donne où que j'aille depuis des années. Ainsi, quand ces six personnes se sont blotties les unes contre les autres sur le canapé pour regarder Game of Thrones ensemble comme elles le font immanquablement le lundi, je suis restée sur le f...

18 mai 2014 - Montréal 1

Et Dieu paraît-il inventa le dimanche. C'était une drôle d'idée. Les dimanches tel que je les connais sont des jours blancs, sans saveur, ombrés d'ennui et de vent, en deuil de la joie et l'énergie de la semaine. Il inventa ce point final interminable à une phrase qui commençait le lundi, et il en écouta l'intonation s'étirer et faiblir jusqu'à disparaître dans la nuit, définitivement emportée par le dernier programme du soir à la télévision. Et las de sa propre lassitude, pour s'excuser peut-être, Dieu inventa la Québec. Et oui, m'y voilà ! Montréal au printemps, dans sa tenue du dimanche, une tenue de tranquillité, veille de jour férié, profite de sa propre douceur. C'est le printemps, ils en sont fiers, ils en parlent beaucoup. Ça s'accorde merveilleusement avec leur sourire. Avec leurs maisons aussi, décorées jusqu'aux toits, fleuries jusqu'aux volets, de petits manoirs colorés aux grands escaliers, alignés sur le bord de large ro...