mercredi 27 octobre 2010

27 octobre 2010 - New York vol. 27



La course au morceau de pomme a repris.

Je ne dis pas que je ne m'y attendais pas un peu. Mais je suis matérialiste, athée, voire incrédule. Alors bien sûr je m'efforce de cacher mes instincts dans un coin, car irraisonnés, car infondés, car ridicules. Et parfois, il faudrait juste suivre le chemin qu'ils nous indiquent.
Mais tout de même pour ce que ça m'a coûté (600$), me voici avec une jolie histoire. Je vous raconte l'histoire.


Très vite, je vous passe les indices : après avoir échangé la caution de 600$ (tout ce que j'avais pu retirer) contre les clés d'un joli studio, dont j'avais pu vérifier le fonctionnement sur les différentes portes, j'ai pu voir que la propriétaire de mon morceau de pomme avait re-posté son annonce juste après mon départ, puis j'ai essayé de la contacter par mail et sa boîte mail ne fonctionnait plus, et puis j'ai essayé de l'appeler, et… vous avez deviné la suite. Donc aujourd'hui j'étais avec une amie, et nous avons discuté un moment de comment il était possible de m'arnaquer alors que j'avais des clés en main. Bien sûr, il était possible qu'elle change la serrure de l'appartement, mais elle ne pourrait pas changer la serrure de l'immeuble, donc il aurait suffit que j'attende les visiteurs suivants et elle- même pour récupérer mon argent. Ou bien elle était simplement une junkie qui attendait son argent au plus vite, et donc louait son appartement au plus rapide pour avoir sa dose de crack, ce qui aurait expliqué son étrange comportement, son flot de paroles incessant, mais alors j'aurais eu l'appartement et qu'importe ce qu'elle était de son côté. Ou bien… Mais rien ne faisait sens. C'était une énigme aux nombreuses inconnues, mais les indices ne semblaient pas avoir de lien. Alors nous sommes allées à l'appartement, j'ai bien pu entrer dans le corridor, très bien, mais bien sûr la clé n'entrait plus dans la serrure de l'appartement lui-même. C'était fait. Le petit espoir timide qui avait encore persisté depuis une jour et demi de questionnements venait de s'envoler, et en réalité je n'en étais plus à m'en attrister. Une partie de moi voulait juste savoir COMMENT j'avais été arnaquée, puisqu'arnaque il y avait eu.


J'ai sonné chez la voisine, qui a juste pu me dire que de nombreuses personnes étaient venues visiter la veille et l'avant-veille, mais qu'elle n'en savait pas plus. Sur ce, alors que nous discutions de à quel point les arnaques étaient monnaie courante dans cette ville, et qu'elle me racontait celles qu'elle avait traversé (elle nous parlait jambes nues sous un T-shirt trop large de sport, jeune femme d'un film américain qui a peine réveillée enfile le vêtement de son homme pour aller répondre à la porte), un jeune homme a monté l'escalier, nous a regardé en souriant et nous a dit “vous êtes là pour l'appartement ?”. Il nous a invité à rentrer, ouvrant la porte sans forcer avec sa propre clé, nous proposant de nous asseoir, de faire… comme chez nous, en somme. Il nous a raconté une histoire.


Il était une fois, à Londres… Non, il n'y a pas d'erreur, il était une fois, à Londres, une mère et sa fille, deux blanches anglaises. La fille s'appelle Penny, la mère sera seulement “la mère”. Elles font partie de ces mères et filles très liées qui ne peuvent pas rester séparées trop longtemps. Elles sont aussi de classe très aisée. Penny, un jour, trouve un travail à New-York. New-York, c'est fabuleux ! Mais il serait un peu triste que la maman reste si loin de sa fille, donc Penny décide d'acheter un petit studio sans grand cachet mais très bien placé dans New-York pour que sa maman puisse venir la voir. La mère en question vient très régulièrement, plusieurs fois par mois souvent, parce qu'on ne se prive pas quand on a les moyens. Petit studio mignonnet, meublé, équipé… Petit studio qui a été mien pendant une heure.
Bien sûr, quand la mère n'est pas dans les pattes de sa fille à Manhattan, elle retourne à Londres, mais il serait trop difficile de rester loin de sa fille comme cela ! Qu'à cela ne tienne, la fille lui crée un compte internet, une boîte mail, et tout le barda, de sorte que les deux femmes ne se perdent jamais réellement de vue. Oui, tout cela a son importance.
Comme la mère va maintenant sur ses 75 ans, internet n'est pas vraiment une chose très évidente pour elle. Mais Penny, petite maline, lui a écrit sur un carnet l'adresse e-mail et le mot de passe de









sa propre boîte, de sorte que sa chère maman ne soit jamais prise au dépourvu. Bien.
Et donc il y a quelques semaines cette vieille dame atterri à l'aéroport de Londres avec son air de bourgeoise, sa valise de luxe et ses 75 ans, et un petit malin aguiché par l'opportunité, lui vole sa valise et s'enfuit.
Dans la valise, notre petit malin londonien trouve une clé d'appartement avec, écrit dessus, l'adresse de l'appartement en question à New York. Il trouve aussi une adresse mail et un mot de passe.
Ceci n'est que supposition, mais je ne crois pas m'éloigner de la vérité en disant que le petit voleur londonien aurait beaucoup aimé connaître quelqu'un à New-York. Peut-être qu'il connaissait cette personne, peut-être qu'il s'est débrouillé pour la connaître, mais la personne en question se fait appeler Patricia Carter. Si vous googlez “Pat Carter” sur internet, vous devriez atterrir comme moi sur trois pages de résultats divers sur un fameux joueur de football américain… qu'importe.
Ainsi le deal est fait. Pat Carter s'introduit dans la boîte aux lettres de la mère qui ne se doute de rien, et épie les correspondances des deux londoniennes. Là elle apprend que la mère reviendra à New York jeudi, et que la fille viendra mettre l'appartement en ordre mercredi. Mercredi, c'est aujourd'hui. Elle a donc quelques jours à sa disposition. Elle poste une annonce sur Craig’s list, demandant expressément aux gens de venir directement avec l'argent, qu'importe la somme, tout ce qu'ils ont, tout ce qu'ils peuvent : le premier-à-payer est le premier servi ! Bien sûr, elle parle vite et sans respirer, comme sous drogue parce que, simplement, elle est nerveuse. Et si la propriétaire arrivait ? Et si quelqu'un la retrouvait ? Et si… ? Les personnes ayant donné cette caution et qui se sont manifestées à cette heure sont : le jeune homme (qui a les mêmes plafonds de retraits que moi) à hauteur de 600$, moi-même à hauteur de 600$, un couple de japonais à hauteur de 1500$, un portugais d'une quarantaine d'année à hauteur de 1500$, et on en attend encore d'autres à la porte de ce petit appartement. La police supposait que la femme avait dû retirer plus de 8000$ de sa petite affaire.
Le dernier à donner l'argent a été ce jeune homme, qui s'est déplacé du New Jersey à 00h30 pour verser sa caution, mais qui pour sa part a insisté pour passer la nuit sur place. La jeune femme lui a fait visiter l'appartement pendant que ses propres enfants dormaient dans le lit. Elle a rembarqué son petit monde et ce sera la dernière fois que vous entendrez parler de Patricia Carter. Le jeune homme va s'acheter un café le lendemain, et quand il revient, une femme l'attend dans ce qu'il pense être sa chambre, avec des policiers. Il s'agit de Penny. Il raconte son histoire, Penny fait changer sa serrure, les policiers assurent qu'ils ne peuvent rien faire puisqu'il n'y a pas eu d'infraction et s'en vont. Penny, gênée et gentille, autorise le jeune homme à présent sans domicile à rester jusqu'au lendemain, puisque demain, si vous avez bien suivi l'histoire, sa mère reprendra la place qui lui est dû. Deux heures plus tard, les japonais viennent avec leurs valises, puis le quarantenaire portugais, et enfin mon amie et moi. Et bien sûr je mettrai ma main au feu que pendant plusieurs jours des gens vont venir, clés en main et lourdes valises, pour emménager dans leur nouveau petit studio…






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