dimanche 2 janvier 2011

2 décembre 2010 - San Francisco vol.3


Je me suis endormie dans le bus. Je suis arrivée alors à Ocean Beach, une plage ni plus ni moins, pas laide, pas de surfers, et suis entrée en somnambule dans le Golden Gate Park. Et à cet instant, est-ce que je dormais encore ? On m'avait décrit l'endroit comme un Central Park au bord de la plage, mais ce que je voyais c'était un jardin merveilleux. Certains coins pouvaient être des forêts de Norvège, des petits lacs que j'aurais bien vu en Allemagne, des étendues d'eau sage avec des bateaux miniatures et quelques canards comme dans un parc bordelais, et puis des aberrations toutes américaines… Un fou a vu des choses, et le long de la promenade, longue promenade, a posé ses visions, a mélangé les couleurs, a créé son tableau, et c'est absolument splendide. Que sert de raconter ? J'aurais bien du mal à décrire. C'est vert, d'un vert violent comme on croit qu'il n'en existe pas dans la nature. Partout, des arbres gigantesques. J'en ai vu de hauts, droits et oranges. j'en ai vu des tordus au point de s'en nouer les branches entre elles. J'ai vu des oiseaux bizarres, des bicoques, des lacs dont un avec une île au milieu, des chemins escarpés, un parcours de golf d'un vert à brûler les yeux, plus loin des bisons -des bisons, voyons !- qui broutent et dorment, des joggeurs sur de petites cascades. J'étais presque seule et c'était mon jardin secret. Mieux que le jardin un brin conventionnel de rosiers grimpants qu'avait imaginé Hodgson Burnett. Parce que dans ce parc là, il y a toujours un coin pour poser les yeux, et où qu'on les pose ils rebondissent.

J'ai traversé ainsi tout le parc ou presque, avant de croiser un homme, perdu comme moi sur le chemin de l'Académie des Sciences de Californie. Retrouvant notre chemin ensemble, nous avons discuté un peu. Il disait qu'il était francophile, c'est-à-dire qu'il aimait le pain, le fromage et le bœuf bourguignon. Pur banquier San Franciscain (il y a des banquiers même à San Francisco), il parlait avec beaucoup de gentillesse, et certainement un esprit légèrement gourmand : “mon frère habite là- bas, tout près d'une boulangerie française…” puis “ah ? Une auberge de jeunesse ? Il y en a une très chouette, pas loin de la boulangerie en question…” et encore “Le pont, oui, bien sûr, il est célèbre, la boulangerie n'est vraiment pas loin…”.
Nous sommes arrivés, et dès l'entrée il m'a salué, ce que j'ai trouvé admirable parce qu'il est rare que quelqu'un dont la conversation est agréable sache quand il faut pourtant y mettre un terme.
De nouveau seule, dans un lieu chouette dans l'ensemble, bien foutu, regorgeant de poissons (les aquariums de San Francisco sont une expérience à ne pas manquer, parole d'âme de gamine !), d'oiseaux, de papillons, de plantes, de tortues, de pingouins, de serpents, de trucs et autres qu'on ne voit nulle part ailleurs, surtout pas comme la plupart ici en semi-liberté. J'ai surtout admiré l'architecture du lieu qui nous fait passer des moments incomparable de découverte en 3 dimensions de la nature, plutôt que derrière les vitres formelles qui le plus souvent transforment des merveilles en cartes postales.
Du parc à la forêt tropicale, tout doucement, sans broncher… j'avais oublié ce que c'était la nature, mes sens étaient submergés. Je ne voulais même rien savoir. Je me foutais des noms, des sciences, des anecdotes, j'étais juste au milieu, bouche ouverte.


J'ai manqué de gober un papillon.






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