vendredi 19 août 2011

Vendredi 19 aout : Roumanie vol.11

La citadelle de Targu Neamt, du haut de sa collinem est ce genre d'endroit que l'on prefere avoir vu que voir. Bien sur, c'est le moyen-age, et des mannequins en costume avec de longues epees sont la pour mimer statiquement les habitudes d'un autre age, mais au fond ils ressemblent a des automates casses, et habitent un lieu massif mais decharne. On y tue le temps a coup de vieilles pierres, mais pour un peu on s'y emmerderait carrement.

C'est pourquoi nous n'etions pas mecontentes de prendre le chemin de Neamt. La route etait longue, et nous sommes dans une region de la Roumanie ou l'on croise plus de monasteres que de commerces, aussi nous avons demande notre chemin a une nonne, qui nous a guidees quelques kilometres durant jusqu'a ce qu'une voiture nous embarque. Nous n'avions meme pas eu a tendre le pouce. Le couple qui nous prenait en stop se rendait au monastere car y etait enterre le grand-pere de la jeune fille. Elle avait ce visage ingrat des jeunes femmes roumaines, mais celui-ci etait sublime par des milliers de taches de rousseur et une tignasse rousse et frisee, qui donnaient volume et petillant a son corps sec et anguleux.
Son grand-pere avait ete moine a Neamt, et nous l'avons suivie jusqu'a la tombe de l'aieul, puis nos chemins se sont separes. Qu'importent a Neamt l'eglise ou le monastere : la beaute de l'endroit, quoique reelle, n'etait qu'une rivale parmis d'autres dans la region. Mais tout pres du charmant cimetiere, dans la cave, on trouve les ossements des moines deterres, leurs cranes principalement sur lesquels sont peints leur nom et l'annee de leur mort. Cette salle devrait exister dans tous les monasteres, tant il me semble qu'on comprend mieux la vanite de l'homme et la puissance de Dieu (si tant est que l'on ait la foi) au contact de ces ossements. On croirait un raccourci du temps, ou le vivant rencontre sa propre mort, ou la vie est un clin d'oeil et la mort un espace infini. Mon coeur d'athee trouvait bien cruelle la vison d'un marquage inutile sur des bouts de memoire brisee, et en meme temps je m'accrochais malgre moi au vertige de toutes ces epoques qui se rejoignaient enfin dans la mort ou le temps ne cesse de diviser.

Apres Neamt nous avons rejoint le monastere de Secu (apres un crochet par celui de Sihastria) ou mous nous appretons a passer la nuit. Nous avons ete accueillies par un tres jeune moine, roux encore, qui nous a presente notre chambre monacale et le reste du monastere dans un francais assez approximatif pour etre charmant. Je crois pouvoir dire sans me tromper que je suis plus agee que le moine en question, et je ne pouvais le regarder avec ces yeux que les fideles posent sur tous ceux qui portent la robe. C'etait sans malice, mais sans devotion, que je m'adressais a lui. Au fond de moi d'ailleurs je me disais que des yeux jeunes aussi doux, perpetuellement amuses, ne devraient pas trop ce tourner vers les cieux, ou rien n'est drole, et regarder plus souvent les jeunes filles (ou les jeunes hommes car -pardonnez-moi l'expression- je ne preche pas pour ma paroisse) ou se trouve la joie superficielle,la seule que j'ose appeler joie. S'il commet des fautes alors, il faudra que son Dieu lui pardonne, car il lui a donne ce visage. Peut-etre que c'est pour cela que l'on brulait les roux sur des buchers : ils peuvent agir en toute piete, leur visage penche deja vers le “peche”. Mais quel peche sans envergure je souhaite a ce mome de 20 ans ! Tenir une main, embrasser une bouche !
Pour toute reponse a mon regard il n'a rien a dire : son seul bonheur, evident, suffit a me prouver que j'ai bien tort de lui souhaiter ce qu'il ne souhaite pas.
Enfin le bonhomme en robe nous a mene en toute hate dans la cantine ou deux tres longues tables se faisaient face. A droite, les moines, a gauche les autres, dont beaucoup d'enfants. Le repas consistait seulement en une soupe au navet. Je n'imaginais pas un hamburger-frites, quoique depuis quelques jours sans que je m'explique pourquoi je donnerais un bras pour un plat de lasagnes, mais tout de meme, une soupe au navet, il n'y a bien que des moines pour accepter d'appeler ca un repas. Le moment difficile aura ete de supporter le long benedicite au cours duquel chacun des membres de la salle aura accompli pas moins de 6 signes de croix, C. et moi mises a part. J'etais tellement curieuse des coutumes de mes hotes que j'en oubliais ma gene, et me contentai de baisser le regard respectueusement en attendant que l'interminable litanie prenne fin. Apres quoi tout le monde s'est penche silencieusement sur son assiette pendant quelques minutes, avec empressement, jusqu'a ce qu'une petite cloche resonne. Alors tout le monde s'est leve, un des moines a a nouveau recite quelque litqnie auquel chacun a repondu par deux-trois signes de croix, avant de quitter la table.
Notre rouquin est venu nous voir pour nous dire de prendre notre temps, aussi nous sommes restees assises, interdites, pendant quelques secondes, mais de se voir seules dans la grande salle qui se vidait peu a peu nous a mises mal a l'aise et nous avons laisse la notre soupe (il se trouve que j'abandonne sans remord les plats a base d'eau et de navets) pour nous rendre dans notre petite chambre. Notre jeune hote etait bien desole d'apprendre aue nous ne resterons pas demain pour le petit dejeuner (et n'assisterions pas ce soir a la messe, ou je ne sais comment l'appeler, a laquelle il nous a convie ce soir entre 23h30 et 1h du matin), mais secretement nous n'etions pas bien desolees de ne pas connaitre un second repas comme celui-ci, tout instructif et passionant qu'il fut. Notre seul remord etait de ne pas rejouir ce garcon qui serait si vite devenu notre ami, n'etait cette soutane encombrante.

Car aujourd'hui comme chaque jour, ces eglises dont on eleve la beaute a la gloire de Dieu ont rivalise de couleurs et de finesse, mais leur beaute n'a pas pu rivaliser avec les simples traits d'un jeune homme.



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