mercredi 17 août 2011

Mercredi 17 aout : Roumanie vol.9

Hier j'ai pu enfin savourer un repas traditionnel roumain. Ca n'avait pourtant pas ete faute d'aller dans des restaurants (qui sont particulierement bon marche au demeurant, un restaurant de bon standing offrant des menus entiers a 5 euros), mais a part quelques polenta agrementees, je n'avais pas ete retournee par les repas roumans.

Mais hier nous etions huit hotes, tous francais (dont deux d'origine roumaine) dans ce gite, et nous avons profite ensemble de roules au fromage, de soupe aux legumes avec de la creme, de porc roti, de pommes de terre bouillies, de salade de tomates, et de gateaux aux noix et au miel. Le tout sonne malheureusement avec beaucoup moins de finesse que ca ne l'etait en realite. L'ambiance etait d'autant plus assuree que le repas etait largement arrose de “palinka”, une eau de vie aromatisee a 55o, et d’“afinata”, une liqueur de myrtille tres epaisse et inoubliable (a part peut-etre si on en abuse, je suppose). Nous avions bien chaud, parlions beaucoup et jusqu'a tard nous avons ri de choses et d'autres et raconte nos voyages qui ne se ressemblaient pas. Ils se sont tous proposes de faire partir mon rhume a coups de Palinka, ce qui n'etait pas loin de faire effet. Mais a 6h j'etais quand meme reveillee par ma gorge irritee et, de fait, mon incapacite presque totale de respirer. Vous devinez alors mon enthousiasme quand notre hote nous a servi pour le petit dejeuner un lait bien chaud et du miel (que vendent les moines du monastere), des confitures de fraise et de cerise amere, un caviar d'aubergine, des tomates, une brioche a la puree de graines de pavot sucree, de petites tranches de porc, un beurre blanc et onctueux prepare par elle-meme, du pain, du the, du cafe… ma gorge se rejouissait de tant de douceur et j'aurais aime ne jamais finir de manger. Mais il a bien fallu rendre les armes quand ma panse a ete sur le point d'exploser (et que j'ai eu vide le lait et le miel jusqu'a leurs dernieres gouttes).

Nous avons alors plie bagage, et le couple de parisiens qui nous avaient tenu compagnie durant la matinee nous ont depose avec leur decapotable (je le souligne car c'etait une premiere pour moi) jusqu'a Marginea, ou nous avons trouve quelqu'un pour nous conduire directement au monastere de Solca. Un petit monastere au charme champetre, dont l'interieur de l'eglise est couvert de tapis au sol et de tentures aux murs, ce qui, ajoute aux foulards que portent toutes les femmes (nous comprises), apporte un sentiment de chaleur et de maternite que je trouve tres inhabituel. Souvent, les eglises et leur echo me font me sentir au coeur d'un pere severe et sterile, un corps caverneux ou les cierges sont des bouts de foi qui ne rechaufferaient pas un orteil. Un pere qui ne se penche jamais et ne sourit pas. Mais a Solca c'est tout l'oppose, et les couleurs, drapes et indispensables lustres rechaufferaient sans degout meme le chien le plus galeux.

De Solca nous avons trouve quelqu'un pour nous mener a Arbore, tout a cote. Nous voulions visiter ce village betement a cause de son nom, et y avons encore une fois trouve un petit monastere a l'eglise peinte, couplee a un charmant cimetiere ou poussent dans un meme elan les pommiers, les fleurs et les pierres tombales. La mort a toujours quelque chose de charmant dans les cimetieres roumains.

D'Arbore enfin un camion nous a mene jusqu'a Patrauti, ou le conducteur m'a surprise d'un baise-main. Dans la region de Bucovine ou nous nous trouvons, il y a en ville autant de voitures que de charettes. Nous avons visite la mignonne eglise de Patrauti, avec ses nombreuses fresques, avant de nous rendre a pied jusqu'au monastere de Dragomirna, que nous visiterons demain. Ce furent 6km de chemin dans une foret de hetres tres dense malgre tout, tres haute et belle, qui me faisait penser a mes souvenirs lointains de forets norvegiennes. Un bien beau chemin, le long duquel j'esperais trouver des cepes : on en trouve en vente partout sur les bords des routes et devant les monasteres, d'enormes et fermes. Il y aussi beaucoup de girolles et si je n'avais pas ete si encombree de mon enorme sac et de notre tente, j'aurais adore m'enfoncer plus profondement dans les bois pour en trouver, quitte a les offrir a un de nos nombreux chauffeurs.

Mais nous avons acheve notre route dans un petit bungalow facon “Hansel et Gretel”, dans lequel j'ecris actuellement, car on nous avait predit de la pluie ce soir encore, qui a en juger par la couleur du ciel ne viendra pas. C. ne cesse de me repeter a quel point les Maramures et la Bucovine, regions du nord de la Roumanie, sont le pays de Blanche-neige. Elle n'a pas tort, car des forets aux maisons, des noms sataniques (“Dragomirna”) aux sorcieres tziganes, de l'aspect medieval a la douceur des couleurs, tout est fait pour donner cette impression a la fois enchanteresse et superstitieuse ue j'attribue quant a moi a la predominance d'une religion orthodoxe aussi rassurante et confortable qu'exigente et effrayante.



Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

1er novembre 2018 - Budapest vol. 1

L'histoire, il me semble, c'est celle d'un crapaud qui veut paraître plus fort qu'un bœuf. Peu regardant sur la substance, i...