mardi 16 août 2011

Mardi 16 aout : Roumanie vol.8

Deux vaches traversent la riviere paisiblement, mouillees a peine jusqu'aux epaules au plus profond du cours d'eau, et leurs “splotch, splotch” a quelques metres de la tente viennent en renfort du petit jour pour nous reveiller. Les courbes de la montagne se repondent en danses immobiles tandis que le soleil naissant peint des tableaux sans cesse changeants d'ombre et de lumiere. Nous tardons a repartir, les pieds dans la riviere. J'imagine volontiers des Indiens d'Amerique poser leurs arcs et carquois ici pour un moment de repis, mais c'est une charette qui entreprend de traverser le pont brinqueballant, sonnant tacitement pour C. et moi l'heure du depart.

L'autostop en Roumanie est un jeu d'enfant. A peine le pouce tendu sur cette route sans passage et nous montons dans notre premiere voiture, d'une longue serie aisee. A Ciaconesti nous nous emerveillons des maisons peintes aux motifs de tapis orientaux, et repartons. A Iacobeni, ou nous pensions passer l'heure du repas, nous ne voyons pas grand raison de nous attarder, aussi nous tendons de nouveau le pouce en direction de Sucevita. Je suis malade, d'un tres gros rhume epuisant qui m'accable d'un ganglion gauche que je jurerais gros comme la boite jaune des kinders surprise, lequel en chaine semble presser contre mon tympan. Je n'ai donc pas fiere allure, malgre ma bonne humeur inattaquable, c'est pourquoi nous avions decide de nous rendre dans une maison d'hote de Sucevita, une petite ferme a quelques kilometres du monastere. Nous avons ete deposees par un camion de Tzigane (huit en tout, dont 5 femmes, de tous ages) festoyant dans le camion sous le patronnage joint d'un grand Jesus Christ en croix accroche au retroviseur et d'une musique techno-dance a laquelle il manquait la moitie des frequences graves… une experience en soi. L'une des jeunes filles, de mon age a peine et deja enceinte de quelques mois, parlait italien. Nous n'avions donc pas trop de mal a communiquer avec la totalite du camion qui redoublait de curiosite a notre egard. Le plus jeune voulait nous ajouter sur Facebook, ce qui, dans une region ou la plupart des foyers n'ont pas jusqu'au telephone, m'a paru decale, assez pour que j'accepte de bon coeur. Que serai Facebook si les gens n'echangeaient pas leur contact en se parlant un melange de 4 ou 5 langues et saluant d'un geste de la main une charette de foin et deux vaches ?

Nous avons fini par rejoindre notre ferme, ou une vieille femme en fichu clair nous a accueillies de quelques mots francais : elle avait bien une chambre pour nous cette nuit. La ferme, tout en bois, et toute verte, est mignonne comme une maison de poupee “facon rustique”. Je l'appelle ferme mais elle ne renferme a ce que j'en vois qu'un cheval et une vache, dont s'occupent cette dame et son mari bucheron. La chambre est un peu kitsch mais, a sa maniere, tres authentique. Nous avons laisse la nos affaires pour tendre le pouce en direction du monastere, a seulement 5km de la.

Arrivees la-bas, les nonnes, toutes de noir, nous ont ouvert les portes d'un splendide monastere couvant comme un nid une eglise peinte des plus remarquables. Je sais bien que je ne cesse de repeter cela, eglise apres eglise, et pourtant c'est vrai, et chaque fois plus vrai que la precedente. Cette eglise est entierement couverte de peintures, non seulement a l'interieur, mais aussi a l'exterieur ! De magnifiques scenes se jouent sous nos yeux en centaines de vignettes a l'interieur, en continuite a l'exterieur, et les proportions parfaites de cet ensemble leger en fait une de ces tres rares eglises dont a proprement parler “l'envers vaut l'endroit”. J'y serais restee des heures, je m'etais d'ailleurs isolee un peu pour donner plus d'envergure au spectacle, rejoignant un peu les moines et les nonnes dans leur spiritualite.

Des que nous avons mis le pied dehors, il s'est mis a pleuvoir des trombes d'eau. Heureusement tres vite une ame charitable nous a conduit jusqu'a notre auberge. Nous avions eu une bien belle idee de choisir de passer la nuit dans une maison, a en juger par les cordes qui sont tombees ! La pluie s'est arretee, a l'heure qu'il est, mais mon rhume enserre ma tete dans un etau tel que d'un moment a l'autre je m'attends a ce que mes yeux sortent une fois pour toutes de leurs orbites. Je prendrai un cachet ce soir, pour me faciliter le sommeil, mais quoiqu'il en soit je me rejouis a l'idee du repas qui nous attends ce soir dans cette demi-pension, et dont C. me decrit l'odeur de roti, que je ne peux pas sentir, pendant que derriere elle des dixaines de charettes rejoignent le bercail a grand bruit de sabots pour retrouver leur propre repas fumant et la douceur de leur propre lit.



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