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Affichage des articles du 2010

31 décembre 2010 - San Francisco vol.1 San Francisco vol.1

31 décembre, jour de fête, je passe ma première journée à San Francisco, fermement décidée à trouver les Beatniks ou leurs fantômes en dehors des murs de ma sympathique -et peuplée- auberge de jeunesse. Une journée passée comme la houle. En creux : regarder ma solitude et mon énervement, regarder mon avenir mais il n'y a rien devant parce que l'année se termine, et les rires sont déjà des insultes. Quoi tu es seule ? Tout ce que tu vois est vain petite, car tout ce que tu vois tu ne peux le faire voir. Et tu écris ! Pauvrette ! On n'écrit pas ce qui se vit, ce que tu vis tu le vis seule, et c'est comme si jamais ce n'était arrivé. Regarde ceux qui savent vivre, et ferme-la, trouve-toi une coquille et restes-y. Ils ont bien raison ceux qui aiment leur chez-eux plutôt que le monde. Quand on n'a pas sa maison sur le dos on l'a sur le cœur, et c'est lourd et ça fait mal. Allons belette, trouve-toi un terrier. Cache-toi, regarde la terre...
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26 décembre 2010 - New York vol.39

Cotton Club, c'est le club de jazz par excellence. Au cœur de Harlem, le même quartier que j'habitais il y a moins de trois mois, il a été créé par un gangster pendant la prohibition. Et parce qu'on y entend ces deux termes “gangster” et “prohibition”, qui par leur célébrité ont traversé la frontière ténue entre réalité historique et fantasy rétro, Martin Scorcese en a fait un film… Cotton Club. C'est donc là que j'étais ce matin, pendant que des jazz-men en nœuds-pap’s et trois grosses femmes noires débarrassées de leurs fourrures chantaient leurs prières en gospel. Autour de nous des parisiens, et qu'eux ou presque, venus profiter comme nous du jazz avec un sourcil levé, parvenant comme seuls savent le faire les français à être arrogants et bruyants à la fois. Mais dans un club de jazz, personne n'a rien à y redire. La prohibition n'était pas une époque d'ivrogne, et le jazz pas une musique de prolos que diable ! Ou bien...

24 décembre 2010 - New York vol.38

Il était temps que je découvre un nouveau New York. Avant d'embarquer pour San Francisco, avant de suivre timidement les traces des Beatniks, il fallait que je les guette ici, dans la grosse pomme. A Brooklyn, les jeunes leur rendent hommage constamment, leur réservent un bout de leur vie, sans doute non-assez dissolue. On a peut-être perdu l'habitude d'être fou, ou peut-être on le fait sous cape, les poésies d'ivrognes et de battus au milieu des batailles de la vie dure. Alors les Beatniks vrais de vrais, ce qui reste de leurs squelettes, s'ils ne sont pas sur les routes gelées de Noël, où sont-ils ? Dans les clubs ils faut croire, là où résonne encore le jazz, dans les caves millénaires où l'on trouve la bonne bière et la mauvaise chaleur. Alors j'essaie les comptoirs, un à un. Kettle of Fish, une grande cave où l'on peut jouer aux fléchettes ou discuter sur des canapés géants pendant que le jazz et -époque oblige- les chants de ...

14 décembre 2010 - New York vol. 37

La suite du tournage s'est avéré plus difficile que la première. Entre temps la réalisatrice s'est rendu compte qu'elle n'avait plus d'argent, et voilà que tout d'un coup nous étions nourris au pop-corn. Les gamins en avaient assez, rien n'était parfaitement organisé et nous avons terminé tard. Je n'aime pas ce film, c'est un problème. D'autant plus qu'entre temps j'ai lu la pièce dont est tiré le scénario, une pièce de Maeterlinck, et j'ai été dégoutée par l'idée que d'une oeuvre cynique, un peu dure mais très poétique, telle que les enfants aiment et dont les adultes se souviennent, on ait pu faire ce joyeux téléfilm où des fées parfaites apparaissent dans un rayon de lune pour montrer aux enfants que… que quoi ? Bref, j'aurais aimé en avoir terminé mais voilà que la réalisatrice a encore mille choses impossibles à me demander… Mais quoi, qu'importe après tout, c'est Noël ! Le froi...

9 décembre 2010 - New York vol.36

Le même cookie géant dans une minuscule cave ; les mêmes Falafels sur la 72ème, le même cinéma aux fresques kitchissimes, le même pont de Brooklyn, les mêmes amis, les mêmes cours, les mêmes américains, les mêmes merveilles mais cette fois tout a d'autres couleurs. Mes dialogues imaginaires, mes compagnies de solitude se sont envolées pour laisser place à mon homme. Alors tout est plus facile. Moins grandiose, moins envahissant peut-être car le pont de discours entre nous deux rend tout le reste étranger. Les immeubles qui pénétraient ma solitude nous regardent désormais, impuissant. Tout semble fait de joies simples et d'humour, et c'est encore un autre New York que je découvre, le dernier peut-être. Le dernier. Mes dernières classes sont la semaine prochaine, j'ai des devoirs en avalanche, des billets d'avion à acheter, mon école en France à contacter, ça sent la fin, déjà, et comme toujours je ne comprends rien, pourquoi le temps passe...

1er décembre 2010 - New York vol.35

La vie est le scenario le plus improbable qui soit. Je n'invente rien, ce n'est pas une illumination du jour, c'est de la morale remâchée, et alors ? “Le premier à avoir comparé la femme a une rose…” : je sais, je sais. Mais voilà, hier, ma professeur de travail d'acteur nous a accompagnées au siège de ce club New- Yorkais TRÈS privé de comédiens. Il a été fondé à la fin du XIXème (nous sommes a New York, le XIXème c'est déjà l'Histoire, avec un grand H) par un comédien célèbre que, tout célèbre qu'il est, je ne connais pas. Tout ce que j'en sais, c'est qu'il est le frère de l'homme qui a assassiné Lincoln. Et le mystique de la chose donne a ce club privé un peu plus de l'atmosphère que j'aimais lui donner, d'aristocrates criminels aux gants blancs : un Agatha Christie s'y trame lentement depuis un siècle et demi. Pour les aristocrates, j'étais servie. Les dos plus droit que les épées expose...

23 novembre 2010 - New York vol.34

L'enchantement de la publicité ciblée. Il y a quelques mois, je discutais avec mes amis : de décor, de ce que j'aimerais faire, etc. J'ai finis par leur dire que la construction d'un décor pour un univers steampunk devait être génial. J'ai regardé leur tête s'allonger et, mieux que des mots des images, ai tapé “steampunk” sur Google images. Quelques semaines plus tard, parmi les publicités de Facebook, je trouve cette annonce “steampunk event, à New York, le 21 novembre”. C'est ainsi que tout commence. Avant-hier, donc, j'étais au Webster Hall pour ce fameux “Steampunk event”. En supposant que mes lecteurs ne soient pas tous geeks, nantais, et ne jouent pas tous à Bioshock, je vais essayer d'expliquer ce qu'est l'univers steampunk. On appelle ça le rétrofuturisme, parfois. C'est une sorte d'univers parallèle inventé par, disons, des historiens fous londoniens. Imaginez le futur tel qu'auraient pu le voir les homme...

19 novembre 2010 - New York vol.33

Il y a deux semaines, lorsque j'ai accepté de faire le décor de ce fameux tournage, j'ai demandé à la jeune réalisatrice quel était son budget pour la partie décor. “$500, mais moins ce serait génial”. J'ai acquiescé, me disant que $500 pour trois décors différents en intérieur (et deux en extérieur, mais là il n'y a rien à dépenser), c'était pas du luxe, mais que j'allais voir ce que je pouvais faire. Je lui ai donc envoyé un budget que j'avais fièrement limité à $300, à supposer que j'arrivais à trouver les oiseaux et leur cage gratuitement. Il y a quelques heures, elle devait donc me donner l'argent, d'avance. Je l'ai vu s'avancer vers moi et me dire “Marie, il faut qu'on parle, à propos du budget… il est vraiment très serré tu sais… il faut vraiment que la plupart des choses que tu dépenses, tu puisses les ramener ensuite et te les faire rembourser… Je peux dépenser pour de vrai $20 en tout mais pas plu...

17 novembre 2010 - New York vol.32

La recherche de l'oiseau bleu… Je suis d é coratrice sur un nouveau tournage, enti è rement mexicain cette fois. Un conte pour enfant. Deux enfants vont à la recherche d'un oiseau bleu dans les univers du pass é , de l'avenir, du non-temps… Le sc é nario est ce qu'il est. Mais au cours de leur recherche, ils en trouvent des oiseaux bleus. Mauvaise nouvelle : ils deviennent vite noir. L'ironie de la chose fait que de part mon r ô le de d é coratrice, je me retrouve à la recherche de l'oiseau bleu (et de l'oiseau noir), afin qu'ils viennent tenir leur place dans ce film. Quels univers traverserai-je au cours de ma qu ê te ? Manhattan, Brooklyn, et un brin de Long Island où se fait le tournage. L à -bas, les arbres sont embras é s de feuilles rouges, le soleil absent y a trouvé son successeur. Ici, les dalles grises tremp é es d'eau refl è tent les n é ons magiques de toute la ville, les cassant au passage de lignes irr é guli è res, en diamants de ...

10 novembre 2010 - New York vol.31

Deux soirées… Hier encore une fois, après les cours, j'ai marché sur les pas de l'allemande jusqu'à un café de Brooklyn qui n'est pas loin encore de se faire avaler par les deux diners en métal qui l'encadrent. Chaque table était éclairée à la bougie, et cette raison m'a suffi pour commander un Kir plutôt que la consensuelle bière, qui de toute façon sonnait froid dans ma tête. Un groupe s'est installé, mon amie était là pour eux et j'étais là pour elle, rien qui ne soit arrivé déjà un million de fois : sinon l'apéritif et les chandelles, c'était une soirée de jeunes sur une terre de jeunes. La première note lancée par le bassiste a manqué de m'arracher le tympan. Envolées la douceur du Kir, des bougies, de la pénombre, de mon amie à côté de moi qui traçait son chemin au travers de son accent allemand pour faire sa commande… Même pas une note, même pas un pincement de corde : juste du bruit à m'en fai...

8 novembre 2010 - New York vol.30

Je suis sous terre à Manhattan, Brooklyn de l'autre côté du pont m'appelle de son silence de vieux quartier, le métro accélère, il tangue, il gémit encore et sans pitié je me marre, parce qu'un jeune barbu me raconte des histoires de photographe, et je me marre parce que je m'en fous, parce que je l'aime bien, parce que je rentre chez moi. Je suis à Brooklyn, mes doigts glacés se jettent sur le col de mon manteau, je me bat contre le vent qui me lance ses milliers de pics de glace, je me bat contre le vide de ce quartier industriel. Pas une âme, pas un moteur vibrant, pas un chat. Un lampadaire pitoyable qui n'éclaire pas plus que son propre globe, des vieilles usines de monde en déroute, un clochard endormi sur ses marches, dans une niche de vieux machins poussiéreux, qui boit le goudron à grandes lapées de misère, et puis le vent hurlant sur les dalles de béton et le fer barbelé. Comme il siffle sur le silence ! Il me raconte la fin du monde...

3 novembre 2010 - New York vol.29

Il y a un mois, une petite coréenne répondant au prénom adorable de Mimi a fait appel à mes services en tant qu’“art director”, un des nombreux métiers américains que les français regroupent sous le nom et en la personne du “décorateur”. En l'occurrence, le studio était déjà en place, et il y avait peu de choses à faire, sinon une recherche d'accessoires et l'installation de petits objets de la vie quotidienne dans un décor de sitcom. Pas que ce travail en particulier m'intéresse outre mesure dans la décoration, mais c'était une bonne occasion de me retrouver sur un tournage à New York (un autre, j'ai été sondière au début du mois sur un tournage dans le New Jersey), donc j'ai accepté. Et je me suis retrouvée dans une équipe composée entièrement de coréens, et dont seule l'actrice était israélienne. Pas un seul américain, donc, mais j'étais en réalité la seule étrangère dans la mesure où ils étaient tous à New Y...

2 novembre 2010 - New York vol.28

New York, l'espace d'un week-end, est devenue folle. Folle à lier. C'était Halloween. Il y a de tout dans cette fête, et ils s'y plongent avec tant de… eh bien de bonheur ! Ils aiment cette fête, tout simplement, de façon aussi génuine que les enfants aiment noël, mais ici, Halloween, ce n'est pas que pour les enfants. La fête dure 3 jours, et avant cela, toutes les maisons de New York, du taudis à l'hôtel de luxe, sortent squelettes et toiles d'araignées du placard et se parent d'un orange de circonstance. Mention spéciale d'ailleurs pour le New Jersey, où les mignonnes petites maison sagement alignées prennent des airs de canailles avec des décorations volumineuses, de véritables mises en scènes de films d'horreur, orchestrée le plus souvent par des squelettes ou des fantômes. Ailleurs, cependant, comme on pouvait s'en douter, la discrétion des décorations est inversement proportionnelle au revenu. Mais en France, il y...

27 octobre 2010 - New York vol. 27

La course au morceau de pomme a repris. Je ne dis pas que je ne m'y attendais pas un peu. Mais je suis matérialiste, athée, voire incrédule. Alors bien sûr je m'efforce de cacher mes instincts dans un coin, car irraisonnés, car infondés, car ridicules. Et parfois, il faudrait juste suivre le chemin qu'ils nous indiquent. Mais tout de même pour ce que ça m'a coûté (600$), me voici avec une jolie histoire. Je vous raconte l'histoire. Très vite, je vous passe les indices : après avoir échangé la caution de 600$ (tout ce que j'avais pu retirer) contre les clés d'un joli studio, dont j'avais pu vérifier le fonctionnement sur les différentes portes, j'ai pu voir que la propriétaire de mon morceau de pomme avait re-posté son annonce juste après mon départ, puis j'ai essayé de la contacter par mail et sa boîte mail ne fonctionnait plus, et puis j'ai essayé de l'appeler, et… vous avez deviné la suite. Donc aujourd'hui...

26 octobre 2010 - New York vol.26

Les américains ont-ils la moindre idée de ce qu'est le style ? Les aberrations vestimentaires courent les rues, donnant a chaque quartier un cachet d'aberration. Agréable, improbable. Voyez cette jeune fille : elle porte le foulard de musulmane bien serré autour de sa tête, avec le savoir faire des années de pratique, mais aussi des cuissardes en faux cuir qui ne m'inspirent malgré moi que l'image des prostituées. Et cet homme de la sécurité, énorme noir en costard noir, chemise blanche, cravate noire, et sur la tête une large casquette a l'américaine a l'effigie des Yankees. Des dizaines de garçons se la jouent Buddy Holly avec leurs épaisses lunettes à montures noires et leurs chemises a carreaux, le tout monté sur ces Vans indémodables que tout le monde portait quand j'étais au collège, et que je voulais absolument parce qu'aussi affreuses que ces chaussures puissent être, elles m'auraient assuré, chose évidente pour moi a l...