mardi 7 septembre 2010

7 septembre 2010 - New York vol.6

Il y a des pubs dans le ciel ici… Des avions balancent dans le ciel bleu de petits points de fumée blanche, lesquels forment des mots, lesquels forment des slogans. L'ingénieux ingénieur n'ayant pas pensé une seconde qu'avec la hauteur des bâtiments new yorkais, il faut vraiment être une flâneuse pour lever les yeux aussi haut, et qu'on ne peut pas lire plus de deux mots. J'aurais donc lu une fois “Geico” (à vous de deviner ce que peut être Geico, j'opte pour un supermarché en ligne, parce que je joue dangereusement), et une autre fois, très distinctement “than just”. Ces deux mots avortés d'une phrase sans début ni fin me sont d'ailleurs restés dans la tête toute la journée comme ces chansons en forme de ritournelles qui restent bloquée entre deux neurones. Si j'étais sadique, je crois que je mettrai sur mon profil quelque chose comme la chanson des Restos du Cœur…
Bref, je me suis levée trop tôt ce matin, et à peine les yeux ouverts j'aperçois quelque chose tomber devant ma fenêtre (je suis au 18ème étage d'un immeuble qui en compte 35) et s'écraser en bas avec un bruit mat. Puis un autre. J'avais l'impression d'assister à un suicide collectif de pigeons (il paraît que les pigeons à Venise se suicident en plein sur la place Saint Marc, dixit un professeur d'économie de ma connaissance…). Mais en allant à ma fenêtre, je vois en bas une quarantaine de petits paquets blancs de la taille d'un pigeon en effet, contenant du sable, ou du sucre ou je ne sais quoi, et explosés sur le sol. Il en est venu quelques autres (j'en compte 77 ce soir) et puis plus rien. Les plus grands mystères portent sur les plus petites choses…



Comme j'étais encore en avance, j'ai décidé de faire une partie du chemin en métro, et une autre à pied, et le calcul était bien réalisé car je suis arrivée à la porte de ma classe 5 minutes avant le début des cours. Aujourd'hui j'ai 9h de cours d'affilée. Réellement d'affilée puisque j'ai cours de 12h à 21h. J'avais mangé un peu avant de partir (c'est-à-dire à 10h15…) et j'avais pour tenir la journée un gros paquet de cerises séchées… ça a fait l'affaire. Je rentre pour mon premier cours, “production design”, un cours de décor, et misère de misère la professeure est italienne ! Entre son accent et ses fautes d'anglais, et mon accent et mon anglais, j'ai l'impression de devoir franchir deux barrières de la langue en même temps… essayez de jouer à saute-mouton pendant trois heures d'affilées… Bien sûr on était presque autant à ce cours (54 personnes) que dans toutes mon école en France, alors même qu'il y a assez de cours au choix ici pour remplir une Bible. Mais le cours commence, elle nous présente ce qu'elle a fait avant de devenir professeure et maintenant encore, et à ce que je vois beaucoup des professeurs de la SVA à New York sont de jeunes artistes qui ont eu beaucoup de succès dans leur travail, et qui veulent à tout prix montrer à tous à quel point ils ont réussi en donnant des cours à une école de prestige, sorte de récompense de leur travail. Cette professeure donc, a conçu le design d'une grande partie des décors de la série Rome, de nombreux films italiens ainsi que de La Vie Aquatique, donc elle a conçu le bateau et l'hôtel. J'échange ma vie avec elle quand elle veut. Pourtant elle semblait désespérée car des 54 élèves présents seuls 5 (je m'inclus) étaient là de leur plein gré, les 49 autres étant en section “cinematography” pour devenir chef opérateur, avaient pour obligation de prendre ce cours. A la fin du semestre, nous allons reconstituer une scène de Cinderella Man, exercice que j'ai déjà fait à l'ESAV l'année dernière avec “Casablanca”, mon inquiétude étant que nous étions 5 sur Casablanca, et que nous serons 11 fois plus nombreux sur ce film… Ce qui est peut-être une représentation de la vision du cinéma dans chacun des deux pays puisqu'en France nous avons un décorateur (deux pour les films à gros budget) qui s'occupe de tout, alors qu'aux Etats-Unis nous avons (j'ai la liste sous les yeux) un “art director”, un “set designer”, un “scenic artist”, un “illustrator”, un “draftsman”, un “set decorator”, un “set dresser”, un “lead man”, un “buyer”, un “greensman”, un “construction coordinator”, une “construction crew”, un “location scouting” et un “location manager”. La différence entre chacun ? Eux seuls le savent, a priori.
Hop, je saute de mon bureau pour atterrir dans une autre salle et y suivre mon cours “Character and plot” (personnages et sujet, dans un scénario) où il y a très exactement 14 bureaux et 15 chaises, et où nous sommes 15. 14 garçons et une fille (votre dévouée), ce qui est à peu près le quota de cette école à ce que j'en ai vu aujourd'hui. La professeure arrive (mais mon dieu c'est une fille, et en plus
elle est jolie ce qui a tendance à provoquer un certain émoi autour de moi), elle a notre âge, un piercing dans le nez, des tatouages colorés sur les bras, un T-shirt immonde, les lunettes d'Audrey Hepburn dans Breakfast at Tiffany’s et la coiffure de Hairspray, le tout donnant ce sacré mélange de vitamines qui fait toujours son effet. Et bien sûr, nous attaquons par une analyse légère de “La plus belle femme de la ville” de Bukowski et sur la création des deux personnages dans cette nouvelle qu'elle nous lit en classe. Je suis aux anges du début à la fin. Qu'importe si la moitié de ses mots disparaissent dans le fouillis de son accent américain du label “je suis cool, you know”. Et tant pis si elle nous donne chaque semaine un travail de 4 pages à photocopier en 16 exemplaires (un pour chaque personne de la classe, un pour la professeure) alors que je n'ai pas là moindre idée de où est- ce que je vais pouvoir imprimer mon travail. Pour la semaine prochaine nous devons écrire la rencontre de deux personnages dont l'un au moins doit être (à notre vision) “la plus belle femme de la ville”. Il me tarde de m'y attabler (ah, si seulement c'était en français !).
Je quitte son cours déjà exténuée de 6h d'affilée de conversations, et entre dans un autre building pour mon cours “introduction to acting”, introduction au travail d'acteur. La salle résonne, la clim fait un bruit monstrueux au point que je demande à la couper (climatisation, résonance, personne qui parle très vite en anglais et 6h de cours dans les pattes, c'était un peu trop pour ma petite tête affolée). La professeure est une actrice de Hollywood (ça en jette, mais je ne connais rien des noms de pièces, de films et de séries qu'elle a cité) qui adoooore ma robe (j'ai eu droit à cette remarque 5 fois aujourd'hui… mais en réalité c'était l'effet escompté, c'est ma robe préférée et rien que le fait qu'elle s'appelle Peggy Sue devrait justifier que tout le monde l'aime). Nous sommes une dizaine, principalement des filles cherchez l'erreur, et le cours est extrêmement difficile. Non pas à cause des improvisations et autres exercices, j'y suis habituée, mais parce que toutes ces improvisations portent sur la vitesse d'improvisation en langue américaine. Un exemple au hasard : nous sommes assis en rond par terre, la professeure nous raconte le début d'une histoire assez simple (Bob a de l'argent, il veut s'acheter une voiture, il va chez le garagiste mais…“) et passe la parole à l'un d'entre nous. Cette personne doit alors dire un mot qui fasse sens avec le début de la phrase en regardant son partenaire de droite dans les yeux, lequel se tourne vers son partenaire de droite pour lui dire le mot suivant, le but étant de construire à plusieurs la suite de l'histoire, et le plus fort possible et de plus en plus vite avec la professeure derrière s'exclamant de temps à autres "Louder !” ou “faster !”, alors on va de plus-en-plus-vite-ça-ne-fait-..plus-aucun-sens-c'était-quoi-..son-nom-au-mec-déjà-?- Je-me-..suis-trompée-c'est-pas-grave-..quoi-c'est-déjà-à-moi-allez-..le-premier-mot-anglais-qui- te-..vient-oh-il-est-pas-mal-celui-..là-mais-comment-est-ce-..possible-c'est-déjà-à-moi-..encore-non- non-non-rien-ne-..vient-au-secours-à-l'aiiiiide ! ET MERDE ! Veuillez me croire, ne pas parler anglais couramment (pourtant mon anglais n'est pas mauvais) est un handicap. Bien sûr, ça rend aussi ce cours encore plus passionnant, à condition de laisser un peu son ego à part.
Et puis, et c'est le privilège des classes de théâtre, les gens y sont si peu nombreux et si proches pendant la durée des cours que les liens se créent vite. Ce soir, c'était Johanna (qui m'a adoptée très rapidement) et Justin.
En sortant de 9h de concentration absolue et de capharnaüm, j'ai fumé une cigarette. La professeure est passé pour me dire “oh, you’re french, I can’t tell you to quit it’s in your blood” (oh, tu es française, je ne peux pas te dire d'arrêter de fumer c'est dans votre sang). Mais la raison pour laquelle si peu de New Yorkais fument je la connais : le paquet coûte 11$.
Je vous écris enfin avec difficulté en savourant une certaine aubergine fourrée bien connue de mes plus fervents lecteurs, et dans laquelle j'ai réussi à compter jusqu'à présent 11 gousses d'ail. L'idée que la cuisine française soit entièrement conçue pour éloigner les vampires ne quitte décidément pas le reste du monde…



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